L’histoire de l’automobile s’écrit parfois dans les contrastes les plus saisissants. Le 31 mars 2025, trois Ligier JS50 : ces petites voiturettes que l’on croise habituellement en zones urbaines à 45 km/h ont réalisé l’impensable en établissant les premiers chronos officiels pour des véhicules sans permis sur le mythique Nürburgring, surnommé « l’Enfer Vert » par les pilotes du monde entier.
Un périple routier avant le défi circuit
Avant même d’affronter les 20,832 kilomètres et les 73 virages du circuit allemand, le projet s’est distingué par son audace. Nicolas Meunier, journaliste chez Challenges et rédacteur en chef de « Génération sans permis », accompagné du YouTuber Martin Coulomb, a parcouru plus de 500 kilomètres depuis Paris jusqu’au Nürburgring au volant de la nouvelle JS50 diesel.
Performance notable : ce trajet de plus de 500 km a été réalisé avec un seul plein d’essence, la voiturette affichant une consommation remarquable de seulement 3 litres aux 100 km. Une économie qui contraste fortement avec les bolides habituellement présents sur ce circuit légendaire.

Trois versions, trois temps historiques
Pour cette première historique, trois variantes de la JS50 ont été mises à l’épreuve, toutes équipées de pneumatiques semi-slicks pour maximiser l’adhérence :
- La version électrique bridée à 45 km/h (L6e) pilotée par Martin Coulomb : 27 minutes 55 secondes
- La version électrique « rapide » atteignant 75 km/h (L7e) conduite par Nicolas Meunier : 19 minutes 53 secondes
- La version diesel pilotée par François Ligier, petit-fils du fondateur de la marque : 28 minutes 25 secondes
À titre de comparaison, la Mercedes-AMG One, détentrice du record absolu pour une voiture de série, a bouclé le même tracé en 6 minutes et 29 secondes. Un écart de plus de 21 minutes qui témoigne du caractère extraordinaire de cette tentative.
Une privatisation exceptionnelle
Cette performance n’aurait pas été possible sans un arrangement spécial. Depuis 2023, le règlement du Nürburgring interdit l’accès aux véhicules dont la vitesse maximale est inférieure à 130 km/h. Pour contourner cette restriction, l’équipe a dû privatiser le circuit pendant une demi-journée, une démarche qui souligne l’ampleur du projet.
De la F1 aux voiturettes : l’ADN sportif de Ligier
Cette aventure crée un pont symbolique entre le passé glorieux de Ligier en Formule 1 (avec 9 victoires en Grand Prix entre 1976 et 1996) et son présent en tant que constructeur de quadricycles. Les véhicules utilisés portaient d’ailleurs les numéros 76 et 96, références directes à l’entrée de la marque en F1 et à sa dernière victoire dans la discipline.
François Ligier, représentant la troisième génération à la tête de l’entreprise familiale, a tenu à participer personnellement à ce défi, rappelant que l’esprit de compétition reste ancré dans l’ADN de la marque, même pour ses véhicules les plus modestes.
Le début d’une nouvelle compétition ?
Officialisés par acte notarié, ces trois chronos constituent désormais les temps de référence pour la catégorie des quadricycles sur le Nürburgring. Une performance qui pourrait bien inspirer d’autres constructeurs comme Citroën avec son Ami ou Renault avec le nouveau Mobilize Duo à relever le défi.
En attendant d’éventuels challengers, Ligier peut se targuer d’avoir écrit une page inédite de l’histoire automobile, prouvant qu’il existe une forme de noblesse dans la simplicité et que le sport automobile n’est pas réservé qu’aux bolides surpuissants.

